Archive pour la catégorie ‘Crimes’
De la rue des Filatiers à Luchon : Les crimes judiciaires
Le 13 octobre 1761, Marc-Antoine CALAS a trouvé la mort dans la boutique de tissus tenue par son père, Jean.
On prétend que Marc-Antoine –protestant comme toute sa famille- voulait se convertir au catholicisme.
On prétend que c’est la famille qui l’a assassiné pour éviter cette conversion.
Pas la moindre preuve à l’encontre de quiconque.
Cependant, le Procureur RIQUET DE BONREPOS réclame la mort.
Jean CALAS servira d’exutoire à une foule exigeante.
Par décision du Parlement de Toulouse, il sera roué vif et condamné à mort.
VOLTAIRE s’exclamera :
« Les juges toulousains ont roué le plus innocent des hommes… »
VOLTAIRE partira en campagne –déjà très médiatique-.
Faire savoir sera le maître-mot de VOLTAIRE.
Il devient avocat, mène enquête, contacte ministres, parlementaires, seigneurs, évêques ; lance une campagne à l’étranger pour atteindre le pouvoir royal.
Le 7 mars 1763, le Conseil du Roi est saisi et, unanime, ordonne au Parlement de Toulouse d’expliquer les motifs demeurés secrets de la condamnation à mort de Jean CALAS.
Le 4 juin 1764, le procès de Toulouse est cassé.
Le 12 mars 1765, le Tribunal réhabilite Jean CALAS.
C’est un immense désaveu : pour la foule qui se pressait le 13 octobre 1761 rue des Filatiers ; pour la police qui privilégiera la seule piste : le père a comploté la mort du fils et l’a exécuté ; pour le Parlement qui jugera dans le secret.
Sommes-nous loin de cette période barbare ?
Notre histoire n’engendre-t-elle pas les mêmes monstruosités ?
Les mêmes causes n’entraînent-elles pas les mêmes effets ?
OUTREAU
Les crimes sexuels ont toujours quelque chose de monstrueux et de mystérieux et la tentation est forte d’opposer d’un seul bloc, avant même tout travail judiciaire, l’innocence des enfants aux crimes des adultes.
Ainsi, une seule dénonciation peut conduire en prison.
C’est dans ce contexte qu’est née l’affaire d’OUTREAU.
Un nom désormais maudit : l’appareil judiciaire a suivi, aveuglément, quelques affabulations non contrôlées, crédibilisées par des experts incapables.
La fantasmagorie de l’opinion publique, orchestrée par la presse, a fait le reste.
Les juges et le procureur sont devenus chefs d’orchestre.
Ainsi, il était jeté en prison, des jeunes, des vieux, des couples, un chauffeur de taxi et un prêtre.
Il s’en est suivi des verdicts illisibles et des vies brisées.
LUCHON
Il y a longtemps.
Il y a 15 ans, des jeunes gens, par ailleurs parfaitement équilibrés, certains avaient 12 ans, auraient commis des viols.
Parmi ces gens, il en est qui sont fils de notables.
La presse parisienne arrive et se déchaîne.
Les plaignantes s’expriment dans cette atmosphère de chasse à courre.
Les gendarmes se déchaînent
Le juge d’instruction entérine.
Tout le monde part en prison puis –parce qu’il n’y a rien dans le dossier- tout le monde sera libéré.
Il faudra attendre 10 ans pour que l’affaire soit enfin jugée devant la Cour d’Assises de la Haute Garonne.
Les adolescents sont devenus des hommes.
Ils sont chef de famille ; ils ont un travail ; ils ont tous une vie honnête.
Ils crient leur innocence.
Peu importe, ils seront condamnés et iront en prison.
Ils feront appel de cette décision.
L’affaire sera donc évoquée devant une autre Cour d’Assises avec le même dossier, la même plaignante, les mêmes accusés, le même procureur, le même décor et les mêmes témoins.
Dans son réquisitoire, le procureur de la république –qui avait en première instance exigé des années de prison- reconnaîtra publiquement qu’il s’est trompé et s’excusera, des sanglots dans la voix, auprès des accusés.
La Cour d’Assises acquittera les huit garçons.
Leur innocence fera l’objet d’un entrefilet de quelques lignes dans la presse locale.
Rue des Filatiers, Outreau, Luchon, qui peut se proclamer à l’abri des errements judiciaires ?
Crédit photo : FLICKR — Brooklin Bridge Baby
